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Voies vertes : faut-il absolument les goudronner ?

publié le 28 août 2006 (modifié le 19 décembre 2009)

Certains se réjouissent des 4100 km de voies vertes déjà réalisés. D’autres s’insurgent contre le bitumage de nos chemins. Il faut éviter les jugements excessifs et les exigences sans nuance. Les Amis de la nature, très sensibles à cette question, proposent une rencontre entre tous les représentants des utilisateurs, les décideurs et les techniciens pour faire un bilan et dégager des orientations.

- D’abord un rappel sur ce qu’est une voie verte ?

La voie verte est définie par l’article R110-2 du code de la Route comme une route exclusivement réservée à la circulation des véhicules non motorisés, des piétons et des cavaliers.

- Mais pourquoi « verte » ?

Par opposition au rouge qui symbolise les autoroutes et les routes nationales sur les cartes routières, qui qualifie les axes à grande circulation de nos villes. Le « réseau vert » est un réseau de circulations douces.

- Certains prétendent qu’elles contribuent à la disparition des chemins ...

Au contraire. Elles utilisent dans la presque totalité des cas, des infrastructures de transport et les affectent à un autre usage. Il s’agit de fermer une route forestière à la circulation, de reconvertir une voie ferrée abandonnée, de réhabiliter le chemin de halage d’un canal, ou plus simplement de l’ouvrir au public. Canaux et voies ferrées ont nécessité des ouvrages d’art et souvent bénéficié d’un environnement paysager. Les voies vertes contribuent à revaloriser ce patrimoine culturel.

- Néanmoins, elles sont souvent asphaltées et enlaidissent le paysage !

La circulaire de mise en oeuvre n’impose aucune qualité de revêtement. Il est seulement précisé qu’il "doit permettre aux usagers de rouler en toute sécurité, même en cas de pluie prolongée [..], et utilisable toute l’année". La voie verte doit aussi respecter l’environnement, la culture et le patrimoine des lieux traversés. Le choix du revêtement (asphalte, stabilisé, compacté, ...) et de sa couleur doit prendre en compte cet objectif. Actuellement 1500 km sont en sol stabilisé. Une étude d’impact peut être réalisée. Les chemins de halage sont parfois déjà bitumés pour faciliter le passage des véhicules de service. La végétalisation des berges et les méthodes d’entretien des bords des voies vertes me paraissent au moins aussi importantes que le revêtement.

- Quelle est l’attente des utilisateurs ?

Le goudron est indispensable pour une utilisation de la voie verte par les rollers, il est apprécié des cyclistes, des personnes à mobilité réduite, et même des promeneurs, il n’est pas acceptable pour les randonneurs pédestres. La concertation est donc indispensable.

- Traversera-t-on bientôt la France en vélo sur des voies vertes ?

Les cyclistes aspirent à pouvoir rouler en toute sécurité, les voies vertes leur procurent ce plaisir. Mais tout comme les randonneurs, ils apprécient la variété des paysages. Des kilomètres sur un chemin de halage rectiligne ou une voie ferrée en déblai peuvent vite devenir monotones ! Les voies vertes peuvent avoir un intérêt stratégique lorsqu’il n’y a pas d’alternative à une grande route ou pour franchir une zone à fort dénivelé, cependant elles ne dispensent pas de la réalisation d’aménagements cyclables le long des routes.

- Quel est l’intérêt spécifique des voies vertes ?

Faire goûter aux enfants et aux cyclistes peu expérimentés le plaisir de se déplacer à vélo, procurer aux personnes à mobilité réduite et aux rollers un espace de promenade en toute sécurité, apporter à tous un peu de détente protégée de la circulation automobile.

- En conclusion

Il faut traiter de cette question, mais sans propos excessifs. Il ne faut pas oublier que les chemins sont davantage menacés par les quads et les véhicules tout terrain, qui eux revendiquent 1000 km d’itinéraires non bitumés par département dans le cadre des plans départementaux d’itinéraires de randonnées motorisées (PDIRM), que par l’asphalte des voies vertes.


Malgré tout, il devient urgent que les associations fassent un bilan des réalisations actuelles et approfondissent leur réflexion sur le développement des voies vertes. Un premier pas a été fait avec la signature d’une charte concernant l’utilisation des voies ferrées désaffectées . Les aspects environnementaux devraient maintenant être abordés.

Nous souhaitons une rencontre entre tous les représentants des utilisateurs des voies vertes, les associations de protection de l’environnement, les décideurs,les techniciens. L’objectif serait de tirer des enseignements à partir des différentes expériences régionales, d’essayer de dégager ensemble des orientations. Cela pourrait se traduire en deuxième étape par l’adoption d’une charte " voies vertes, revêtements et environnement".

Les Amis de la nature qui ont dans leur vocation l ’organisation d’activités de pleine nature comme la randonnée pédestre, le cyclotourisme, mais aussi la protection de l’environnement vont sans attendre engager cette réflexion.


Référence :

Circulaire du 31 mai 2001 relative à la mise en oeuvre du schéma national de véloroutes et voies vertes. - Elaboration des volets régionaux BO n°2001-6 du ministère de l’Environnement )